Faire demi-tour, encaisser, repartir autrement
- Aurélien Gard
- 17 mai
- 5 min de lecture
Quand le projet prend une route que l’on n’avait pas prévue
Je vous laissais lors de la dernière newsletter sur le report de ma qualification et mon retour temporaire à Genève pour reprendre un peu de recul, retrouver les jeunes et remettre un peu d’ordre dans tout ce qui s’était accumulé ces dernières semaines.
L’idée était alors simple : repartir rapidement, reprendre le bateau en Méditerranée et rejoindre l’Italie pour la suite du programme sportif. Sur le papier, cela tenait encore. Dans la réalité, les choses ont pris une autre tournure.

Le convoyage… puis le demi-tour
Quelques jours après avoir quitté Genève une nouvelle fois, je reprenais donc la route du sud avec l’envie de remettre du mouvement dans le projet. Reprendre la mer, avancer, retrouver un peu de confiance. Mais parfois, le corps et la tête savent des choses qu’on refuse encore d’entendre.
Le convoyage a rapidement été plus compliqué que prévu. Fatigue accumulée, charge mentale, difficulté à retrouver de la sérénité sur l’eau… Plus les heures passaient, plus une évidence s’installait : je n’étais pas dans les bonnes dispositions pour continuer ainsi.
Alors il a fallu prendre ce qui reste à ce jour une des décisions les plus difficiles de ma vie : faire demi-tour et renoncer au circuit italien.
Ce moment a été particulièrement dur à vivre. Faire demi-tour en mer a quelque chose de très symbolique. On a l’impression de renoncer, de voir le projet s’éloigner, de ne plus savoir exactement où l’on va. Et pour être honnête, je ne me suis pas senti loin de tout arrêter.
Voir le bateau à nouveau hors de l’eau, ces couleurs qui me tiennent tant à cœur de retour sur la remorque, fut un moment dur à traverser. Pendant plusieurs jours, le doute a pris énormément de place. Le sentiment d’avoir porté ce projet pendant des années pour finalement ne plus réussir à avancer comme je l’imaginais. La fatigue mentale et le doute commençaient à dépasser largement la simple question sportive.
Repenser le projet sans le trahir
Avec un peu de recul, je crois pourtant que ces moments font aussi partie intégrante d’un projet comme celui-ci. On parle souvent de dépassement de soi dans la course au large, mais beaucoup moins de la capacité à ralentir, à écouter ses limites et à accepter que certains timings ne soient pas les bons.
Il a donc fallu repenser le programme. Accepter que la saison ne ressemblerait pas exactement à ce qui avait été imaginé quelques mois auparavant. Ce n’est jamais simple, surtout quand autant de personnes suivent, soutiennent et croient dans l’aventure.
Une fois la phase de tristesse extrême passée, une évidence s’imposait : je n’avais pas envie que l’histoire s’arrête là.
Un baroud d’honneur à Lorient : la PLM
Alors, plutôt que de chercher à tout prix à sauver le programme initial, une autre idée a commencé à émerger : retourner à Lorient, retrouver un environnement connu et tenter une dernière course avant de prendre davantage de recul. Une forme de baroud d’honneur.
C’est ainsi que je me suis retrouvé au départ de la PLM, une course en double d’environ 250 milles au départ de Lorient. L’objectif n’était plus vraiment le résultat. Il s’agissait surtout de retrouver des sensations positives, remettre un peu de simplicité dans tout ça, et voir si l’envie était encore là.
Le départ s’est fait dans une atmosphère particulière, entre excitation et doute profond. Pendant plusieurs heures, j’ai retrouvé ce qui me fait aimer ce sport : l’intensité, les réglages, les échanges à bord, les moments suspendus en mer.
Mais la course a aussi rappelé à quel point la course au large reste exigeante et imprévisible. Une casse importante nous a finalement contraints à abandonner.
Sur le moment, l’encaisser n’a pas été simple. Encore une fois, le sentiment de subir plus que de construire. Mais paradoxalement, cet abandon n’a pas eu le même goût que les semaines précédentes. Peut-être parce que je commençais enfin à accepter qu’un projet comme celui-ci ne peut pas avancer uniquement en ligne droite.
Une décision cruciale pour la suite du projet
Après cet abandon et un nouveau moment de questionnement, nous voilà rendus à un moment crucial pour le projet.
Vous n’êtes pas sans savoir que l’objectif final affiché était la Mini Transat 2029. Les critères de qualification et ma volonté de me laisser le temps de progresser en étaient les principales raisons. Mais je sais, et je sens, que la qualification pour la Transat 2027 est encore faisable.
Alors oui, le programme a changé. Je ne serai pas au départ de la Genève-Rolle-Genève ni du Bol d’Or avec les jeunes. Mais celleux-ci pourront participer à ces expériences uniques grâce à l’aide et à l’encadrement des Corsaires, par l’intermédiaire de Jipé, ainsi qu’avec l’aide de mon père Marc, qui prendra la barre du X-342 sur lequel Naviguer en Solidaire s’alignera au départ si des jeunes montrent de l’intérêt. Et sinon, cela ne sera que partie remise.
À mon rythme, et à celui du projet, on apprend à s’adapter, à construire différemment, mais toujours avec une même volonté : avancer, rester en mouvement et construire quelque chose ensemble.
Sur le plan sportif, j’ai pris la décision de remettre le bateau en configuration pour un potentiel départ en qualification hors course dans les jours à venir, cette fois sur le parcours Atlantique. Un parcours qui me mènerait de Lorient à l’île de Ré en passant par l’Irlande, pour un total de 1000 milles nautiques en solitaire.
Il m’est impossible de dire aujourd’hui si je trouverai la force de dépasser le blocage qui persiste actuellement et pousser le bateau le jour du départ. Mais j’ai fait en sorte de me remettre en condition avec différents entraînements, dont une première nuit en mer en solitaire qui fut une étape importante.
Nous vous tiendrons informé·e·s sur les réseaux du choix qui sera le mien, mais une chose est sûre : d’ici deux semaines, le projet saura s’il sera au départ de la Mini Transat 2027 ou non, avec toute la marge d’incertitude que comporte ce type d’aventure.
Le projet continue malgré les changements
Même si le programme sportif bouge, même si certaines échéances devront être repensées, une chose ne s’est pas arrêtée : le travail avec les jeunes.
Les échanges continuent. Les navigations aussi. Les ateliers évolueront probablement avec la nouvelle réalité du projet, mais l’essentiel reste intact : permettre à ces jeunes de vivre une expérience collective, de découvrir un nouvel univers, de prendre confiance et de construire quelque chose ensemble.
Les jeunes ont la possibilité de participer à la Genève-Rolle-Genève ainsi qu’au Bol d’Or. Là aussi, la décision sera prise, selon leur volonté et leur engagement, dans les deux semaines à venir.
Du fait des changements de planning, l’événement initialement prévu le 11 juin est reporté à septembre prochain. Mais il aura bien lieu, et permettra aux jeunes de découvrir les métiers de la restauration.
Au fond, c’est peut-être dans ces périodes plus instables que le sens profond de Naviguer en Solidaire apparaît le plus clairement.
La suite et le planning exact ? Trop tôt pour le dire. Le projet traverse un moment de transition. Il y a encore beaucoup de questions sans réponses, des décisions à prendre et du recul à retrouver. Mais malgré les doutes, malgré les demi-tours et les abandons, l’envie de continuer à construire quelque chose de sincère et d’utile est toujours là.
Et pour l’instant, cela suffit à continuer d’avancer. 🌊
Merci pour votre lecture, vos messages, vos relais, votre énergie.
Malgré les navigations en solitaire, ce projet n’est pas individuel — il est collectif et engagé.
🎯 Une partie des fonds est trouvée. Mais le budget total pour la période 2026–2029 n’est pas encore bouclé. Si vous souhaitez contribuer, ou connaissez des personnes/entreprises sensibles à cette démarche innovante et solidaire, je serai ravi d’en discuter !




























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