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De Genève au bord de la Méditerranée, en passant par la Bretagne

  • Photo du rédacteur: Aurélien Gard
    Aurélien Gard
  • 17 mars
  • 8 min de lecture

Le moment où le projet a changé de dimension

Il y a un peu plus d’un mois, je quittais Genève avec un mélange difficile à décrire : un peu d’appréhension, beaucoup d’excitation, et cette sensation particulière que quelque chose basculait.

Pendant quatre ans, Naviguer en Solidaire s’est construit par couches successives : réflexion, formation, rencontres, ateliers avec les jeunes, structuration administrative, recherche de partenaires, élaboration d’une identité. Tout cela était déjà bien concret. Mais ce matin du 7 janvier, en prenant la route avec une voiture remplie de matériel, j’ai compris que le projet entrait dans une autre dimension : celle où l’idée devient mouvement.

Quitter Genève, ce n’était pas simplement changer de port d’attache. C’était accepter que le projet, et moi par la même occasion, quitte le cadre confortable et connu des réunions, des ateliers, des salles de travail social, pour entrer dans l’incertitude concrète du chantier, de la mer et des milles à parcourir. C’était aussi laisser derrière moi des jeunes déjà engagé·e·s dans l’aventure, avec la promesse que ce départ n’était pas une rupture, mais une continuité.

Les au revoir avec ces jeunes furent forts en émotions. Après un magnifique moment partagé à bord du sauna boat, puis un bon repas, nous nous sommes dit « à très vite », sans vraiment savoir quand, mais avec la certitude que le lien, lui, ne se romprait pas.


Lorient : récupération du 1028, le chantier, la réalité

Arriver à Lorient et retrouver le Mini 6.50 n°1028 à terre a été un moment fort. Jusqu’ici, ce bateau était une projection, une étape planifiée, un futur support. Là, il était devant moi : brut, technique, exigeant.

Les premières semaines ont été rythmées par le chantier : vérifications structurelles, contrôles de sécurité, préparation du matériel pour le parcours méditerranéen, optimisation des réglages, organisation logistique. Et puis il y a eu les premiers imprévus.

Le plus marquant restera le changement de calendrier du circuit méditerranéen. Tout était remis en question. Le planning, si soigneusement ficelé, ne tenait plus. Après de longues journées de réflexion à chercher des solutions, une décision s’est imposée. Quelque chose m’appelait là-bas, plus au sud, loin de mon pôle d’entraînement, seul et à mon rythme.

Ce ne sera donc pas Barcelone, mais Marseille, où je mettrai le bateau à l’eau avant de rejoindre l’Italie pour quatre courses.


En parallèle, la pose de la décoration imaginée avec les jeunes prenait forme. Voir les symboles — le kintsugi, les carpes koi, la tempête, l’étoile polaire — s’inscrire physiquement sur la coque du bateau a donné une profondeur nouvelle au projet. À Genève, ce sont près de 70 heures de travail qui ont permis à l’artiste genevois Sueno de donner vie aux voiles de course au sein de la voilerie Europ’Sails. Ce n’était plus un discours, ce n’était plus un atelier : c’était visible, tangible — et je ne vais pas mentir, profondément émouvant.

Chaque détail technique prenait alors une dimension symbolique. Préparer un bateau de course, c’est anticiper l’imprévisible : vérifier les drisses, contrôler les safrans, ajuster les tensions de haubans, organiser le rangement intérieur au millimètre près pour que rien ne bouge dans 25 nœuds de vent. C’est accepter que la performance, la sécurité et donc la réussite d’un tel projet reposent sur une somme de micro-décisions.

J’apprends, je découvre et je me vois progresser dans ce projet qui se veut un espace d’exploration, de découverte… puis de performance.



Transport, mise à l’eau et premières sensations

C’est grâce à Jean-Luc, touché par le projet, que Naviguer en Solidaire a pu rejoindre le port de la Corbière, dans la baie nord de Marseille, début février. Son aide a été précieuse. Sans ce type de soutien humain, un projet comme celui-ci ne pourrait tout simplement pas fonctionner.

Après une semaine à peaufiner les derniers détails, bien aidé par mon père qui a fait la route pour venir me donner un coup de main, le moment est arrivé : le 1028 a rejoint son élément.

Un bateau à terre est une promesse. Un bateau à l’eau est une responsabilité.

Les premiers bords ont été l’occasion de retrouver les sensations sur l’eau. Mais ce fut aussi le moment des premières erreurs, des premières casses, des premières désillusions. Je l’avoue avec le recul, cela m’a mis un sacré coup. Tout ce travail pour ne pas réussir comme je le souhaitais sur l’eau… trop d’attentes ? Peut-être. Mais le doute et les questionnements m’ont plongé dans le premier gros creux de la vague.

Alors il a fallu se relever, se remobiliser et oser se lancer en solo pour la première fois. Beaucoup d’erreurs, mais aussi une forme de preuve à moi-même que c’était possible.

Inutile de vous mentir : ces deux dernières semaines à Marseille furent dures. Le sentiment de ne pas avancer, de passer à côté. Mais je me raccroche à ce pourquoi je fais ce projet et ce que je viens y chercher : le dépassement de soi, la résilience et l’avancée, peu importe la taille du pas.

Naviguer seul à bord, en sachant que derrière chaque mille parcouru il y a des jeunes qui suivent le projet, des partenaires qui ont fait confiance, une communauté qui observe, donne un poids particulier aux décisions. Chaque choix de trajectoire, chaque option stratégique, chaque prise de risque est à la fois personnelle et collective. Et je sais que c’est cela qui me guidera lors des premières grandes échéances.


Le lien ne s’est pas rompu

Pendant que je prenais la route de Lorient puis celle de la mer, les jeunes continuaient à faire vivre le projet à terre. Les ateliers se poursuivent : échanges en visio, discussions autour de l’avancée du chantier, compréhension des enjeux du projet et de sa logistique, échanges avec des marins.

Et bien sûr, les navigations de préparation au Bol d’Or se poursuivent grâce aux Corsaires et à leur moniteur Jipé, qui permet aux jeunes de naviguer pendant mon absence.

C’est peut-être là que réside le plus grand basculement de ces derniers mois. Naviguer en Solidaire ne repose plus uniquement sur mon énergie ou ma trajectoire. Il est porté par plusieurs voix, plusieurs regards, plusieurs engagements.

Les jeunes ont aussi pu voir le fruit de leur travail flotter pour la première fois au vent. Grâce à Jeff Photographies, nous avons pu dévoiler le design complet du bateau.

Voir le 1028 naviguer pour la première fois avec son identité visuelle complète a été un moment fort. Jusqu’ici, le design imaginé avec les jeunes existait sur le papier, dans les ateliers, dans nos discussions. Mais sur l’eau, porté par les voiles de course et la coque décorée, il a pris une toute autre dimension.

Dans chacune des lignes de cette décoration, je retrouve les idées, les symboles et les messages que les jeunes ont voulu transmettre. Le bateau n’est plus seulement un support de performance : il devient aussi un support d’expression.



Début de saison 2026 : un programme dense, peut-être un peu trop... et un moment charnière

L’objectif immédiat était clair : valider la qualification hors course de 1000 milles nautiques — environ 1800 kilomètres — en solitaire, jusqu’à Livourne, en Italie, où quatre courses m’attendaient. Une navigation longue, structurante, où il fallait gérer la fatigue, l’alimentation, la météo, la concentration et tout ce qui devrait faire de moi un vrai ministe.

Mais la réalité d’un projet comme celui-ci n’est jamais parfaitement linéaire et mon planning, magnifique sur le papier, ne laissait que peu de place aux imprévus. Ces dernières semaines ont été intenses, parfois plus que je ne l’avais anticipé. Entre la pression de la préparation, les difficultés rencontrées sur l’eau lors des premières navigations à Marseille, la fatigue accumulée et le poids que représente un projet comme Naviguer en Solidaire, un moment de doute s’est installé.

La veille du départ pour la qualification, après une nuit presque blanche et beaucoup de questionnements, j’ai pris une décision difficile : ne pas partir. Il fallait se rendre à l’évidence : ni le bonhomme ni le bateau n’étaient prêts à partir dans des conditions sereines. Couplée à une météo plus que défavorable, la décision s’est imposée.

Ce n’est pas une décision facile à écrire aujourd’hui, et encore moins à prendre sur le moment. Dans un projet de course au large, on a souvent l’impression qu’il faut avancer coûte que coûte, que renoncer ou reporter est un signe de faiblesse. Pourtant, la mer demande aussi de savoir écouter ses limites.

Ce moment m’a bousculé. Il y a eu de la frustration, de la tristesse, et aussi une forme de peur de décevoir — les partenaires, les jeunes impliqué·e·s dans le projet, toutes les personnes qui suivent cette aventure.

Mais avec un peu de recul, je sais que c’était la bonne décision. Naviguer seul pendant plusieurs jours en mer demande une lucidité totale, une confiance solide et une énergie mentale disponible. Et au-delà de ça, cette qualification doit aussi rester un moment de plaisir — de difficulté, certes — mais surtout d’apprentissage. Et les conditions ne le permettaient pas.

Et si Naviguer en Solidaire parle de performance, il parle aussi de résilience, de lucidité et d’apprentissage. Cette qualification n’est donc pas annulée. Elle est simplement reportée. Quand ? Trop tôt pour le dire.

J’ai fait le choix de rentrer quelques jours à Genève, naviguer pour le plaisir, voir les jeunes, me rappeler pourquoi je fais ça.

Le projet continue, et ce moment fait désormais partie de l’histoire que nous sommes en train d’écrire. Alors à l'image des éléments de la décoration dessinée par les jeunes, on accepte le creux de la vague, on regarde les étoiles... et on garde le cap.



La suite s’annonce déjà belle

Le projet continue et avance, malgré les difficultés et le creux de la vague qu’il traverse. 2026 sera la première année complète de réalisation, avec une immersion totale dans le circuit Mini 6.50, un programme sportif exigeant et un bloc d’ateliers renforcé à l’automne pour permettre à de nouveaux jeunes de rejoindre l’aventure, tout en offrant à celles et ceux déjà impliqué·e·s la possibilité de poursuivre leur engagement.

En juin, je serai de retour à Genève pour m’aligner aux côtés des jeunes sur la ligne de départ du Bol d’Or (et potentiellement d’une autre régate selon le calendrier). Nous vous invitons d’ores et déjà à réserver votre jeudi 11 juin : nous organiserons un repas de soutien qui permettra aux jeunes de découvrir les métiers de la restauration et de raconter ce qu’iels ont vécu lors de leur première régate.

En juillet, je devrais remettre le cap sur l’Atlantique pour ce qui sera la toute première grande course au large pour Naviguer en Solidaire. Elle nous mènera jusqu’aux Açores et permettra de toucher du doigt le type de course que je vivrai lors de la Mini Transat.

En août, le 1028 reviendra exceptionnellement sur le Léman et découvrira pour la première fois l’eau douce. Je participerai à la Translémanique en solitaire sous les couleurs du projet — un moment fort qui permettra aux jeunes de voir concrètement le fruit de leur travail naviguer dans son élément.

Entre Méditerranée, Atlantique et Léman, entre performance et engagement social, entre solitude en mer et collectif à terre, le projet avance.

Il avance avec ses incertitudes, ses moments où l’on aurait envie de tout arrêter, ses contraintes logistiques, ses nuits courtes… mais aussi avec une conviction renforcée : le pari de faire le pont entre la course au large et le travail social n’était pas irréaliste. Il était simplement ambitieux.

Et aujourd’hui, il est en mouvement.


Merci pour votre lecture, vos messages, vos relais, votre énergie.


Malgré les navigations en solitaire, ce projet n’est pas individuel — il est collectif et engagé.

🎯 Une partie des fonds est trouvée. Mais le budget total pour la période 2026–2029 n’est pas encore bouclé. Si vous souhaitez contribuer, ou connaissez des personnes/entreprises sensibles à cette démarche innovante et solidaire, je serai ravi d’en discuter !


 
 
 

1 commentaire


pthabuis
19 mars

Bravo, très belle humilité.

Bon vent et si il y a un creux à la vague elle remonte juste après et te permet de voir l’horizon. Cap a l’ouest.

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